Qui peut dire celui qui va gagner ? Est-ce le peintre avec ses angoisses, ses colères, ses repentirs et ses doutes, ses joies, ses paysages intérieurs nimbés parfois de douceurs nacrées ou de zébrures rageuses et violentes, ou est-ce la peinture ? Il ne faut surtout pas démêler cet écheveau qui exprime le tableau dans sa totalité.
Voevodsky s'imprègne de la nature, la regarde, la dévore, la macère lentement en amoureux comme le sont les Slaves, la rumine et nous la restitue différente, inattendue avec les couleurs du souvenir. Ainsi Santorin est bleue, blanche et ocre avec sa caldeira tourmentée par la spatule chargée de couleur; le marais, lui, nous restitue dans des tons amortis les eaux saumâtres où stagne une végétation peut-être en composition... Inutile de tout décrire, ces quelques exemples suffisent pour comprendre toute l'alchimie qui préfigure l'œuvre en gestation. Parfois la touche est légère et vaporeuse, parfois elle est dense, épaisse, empâtée par la volonté du geste et le geste devient signe. Ce « travail » de la matière picturale exprime le plaisir retrouvé de l’enfance triturant la pâte à modeler ou le laboureur griffant sa terre pour en extraire la promesse d’une belle récolte… Ainsi, Dimitri Voevodsky rejoint par son métier de peintre cette grande famille d’artistes qui demandent à l’amateur d’oublier toutes références aux idées reçues, leçons retenues et de ne voir que la peinture avec ses accords, ses dissonances, le travail de la matière, les réussites chromatiques comme les erreurs, preuves d’humanité…
Bernard Londinsky 26/07/1012